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Coco joue avec le passé

avec Coco Fronsac

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Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. Le seul charme du passé, c’est qu’il est le passé — Marcel Proust & Oscar Wilde: Quelle citation tu préfères?

Je ne suis d’accord, ni avec l’un, ni avec l’autre.
J’admire Marcel Proust pour son soucis du détail, son analyse des choses et son talent de narrateur.
J’aime Oscar Wilde pour son esprit affûté, son non-sens, et sa manière de jouer avec les mots.
Si un paradis est perdu, libre a soi d’en recréer un autre, à son image. Et s’il est perdu… il retrouvera son chemin!
Le charme du passé? Il me construit, me rassure, me donne des bases.
Il me permet d’aller de l’avant, et de vivre dans le présent pour mieux appréhender l’avenir.
Il est comme du papier Carbone qui décalque nos images et nos souvenirs dans le présent pour les imprimer dans notre futur.

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On peut vraiment aimer quelque chose — ou quelqu’un — que lorsqu’il est parti?

Non. Le manque et la disparition font partie de nous. Ils sont notre quotidien. Nous apprenons à vivre avec et à gérer ce manque et cette disparition.
Le manque est une sensation douloureuse, déchirante, indomptable, sans remède… et totalement subjective.
Les êtres ou choses qu’on a aimé, restent gravés au plus profond de notre âme. Sublimés, peut-être. Mais bien là. A jamais. Nous vivons au présent avec leurs souvenirs et une grande et infinie tendresse. Pour moi, ce n’est pas parce que quelqu’un ou quelque chose est “parti” qu’il prendra plus d’importance et de grandeur que lorsque qu’il était “là”. Mais chacun voit les choses différemment, et heureusement…

Tes pensées sur les intuitions magiques de l’art: d’où ils viennent?

Le Magique et le Merveilleux… on l’a en soi. On le cultive, on en prend soin.
Tout être pour moi, en possède sa part, révélée ou non.
André Breton disait: tranchons-en, “le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau”.
J’aime à essayer de voir ce qu’il y a derrière les yeux des poupées, de passer, comme Alice au travers du miroir… De rêver les yeux ouverts. Etre convoquée par un esprit lors d’une cérémonie rituelle, partir avec lui et raconter le voyage que l’on vient de faire. Etre dans l’état abandonné et passif du médium et échapper à tout contrôle logique. Etre dans le rêve et la réalité.
Etre, tout simplement.

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Quelque chose sur ton méthode:

Mon travail est une quête, un puzzle dont les morceaux s’assemblent parfaitement.
Je suis comme un explorateur qui ne sait ce qu’il va découvrir.
Me retrouver dans un état de grâce ou de fureur, si j’accepte l’imaginaire ou si je refuse la réalité donnée.
Je redonne vie, attise le désir, le hasard, le rêve… fait sourire.
Les acteurs des photos sur lesquelles je travaille, sont libres. Ils jouent avec les passerelles du temps. Ils font des clins d’oeil, des révérences. Ils s’amusent et font des pieds de nez. Ils croisent avec délice leurs amis surréalistes et partent dans des voyages imaginaires, dans des pays chimériques, à la croisée des époques, des continents.

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Un bon artiste est une personne solitaire, ou est-il toujours entouré par plein de gens?

J’ai besoin des deux. La solitude, l’isolement, la méditation, pour se retrouver face à soi-même. Quand je travaille, je suis comme plongée dans un sommeil hypnotique, les images viennent tout naturellement, c’est une respiration, un souffle de vie. Un état d’abandon qui échappe à tout contrôle logique. Un moment ou le rêve et la réalité s’entrecroisent et se télescopent.
Entourée? Oui, aussi. Se nourrir des autres, partager un imaginaire collectif. Se détendre, donner et recevoir.
Se retrouver tout simplement autour d’une table, avec un bon repas, vider quelques bouteilles, de Chablis, par exemple! Echanger, avec ses amis, sa famille… Jim, mon mari, Jules, mon fils… artistes tous deux, aussi… des moments rares et si précieux dont il faut profiter.
Etre vivants, surtout!

Penses tu que regarder trop au passé, cache quelque chose de inquiétant?

Le passé, c’est ce qui n’est plus. Qui a été, mais a cessé de l’être. Le passé n’a plus d’existence sauf dans notre mémoire, dans notre souvenir, et sans le souvenir on ne pourrait parler du passé. Le futur rime avec espoir, le passé avec regret, amertume, désespoir. Le présent est présent, là, maintenant. Le passé c’est la réalité du temps qui passe et qui nous mène vers une mort certaine. C’est irréversible, inéluctable. Le passé inconsciemment nous projette dans notre propre avenir. Sans la dimension du passé, nous ne sommes rien. Même si le passé est passé, il est présent à chaque moment de notre vie. Il n’est pas mort car il nous informe, donne de l’épaisseur et de la consistance à notre présent. Il nous nourrit.
Je me sers du passé pour créer un présent et fabriquer mon avenir. Je suis très optimiste et positive. Me tourner vers le passé n’a pour moi, rien d’inquiétant. Même si les personnages des photos que j’utilise sont à priori tous “disparus”, c’est avec un grand respect et beaucoup d’estime qu’ils intègrent mon théâtre artistique. Nous jouons ensemble, et j’espère que cela se ressent. L’humour est essentiel, la légèreté des âmes, aussi.

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Quelle est la destination de tes “bags”? Un jour, ils vont remplacer les anciens cercueils encombrants?

La mort est présente dans les sociétés extra européennes, elle fait partie intégrante de la vie. Ces sacs entretiennent une relation et un lien, un fil entre les vivants et les morts. Un échange spirituel et physique. Une transition moderne et symbolique d’un rite funéraire ancestral.
A Paracas Nécropolis, au Pérou, les Nazcas étaient encapsulés, en position foetale, puis emballés et recouverts de tissus pour former un ballot — sac —, “le fardeau”. Selon l’importance du défunt, le tissu était plus ou moins décoré, et les offrandes plus ou moins importantes. Dans mes “In bag”, tous les sacs sont semblables. Tous égaux devant la mort.
Plus d’arbres coupés pour fabriquer des cercueils, mais des arbres qui pousseraient grâce à notre dépouille, qui leur servirait de nutriments. Un parc du souvenirs parsemés d’arbres plutôt que de pierres tombales. Un endroit ombragé pour se recueillir, rêver, communier, être en paix. Un rassemblement d’âmes, un lieu de mémoire…
Utopique, peut-être ?

Un souvenir de ton passé que tu veux jamais le perdre:

Le souvenir d’avoir eu la chance d’être élevée dans une famille d’artistes qui m’a donné à jamais l’envie de découvrir et de ne jamais m’ennuyer, d’être toujours émerveillée, et de garder les yeux ouverts. Et surtout qui m’a permis de devenir ce que je suis.
Une pensée pour mon grand-père, ma grand-mère, et mon père, qui vient de nous quitter…

Thanks

expo

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cocofronsac.com

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